 

 
Chapitre 7
Les fréquentations de François
François et Marcel allaient souvent dans les veillées, faire de la
musique. Ils étaient tous deux de très bons violoneux et ils étaient
aussi très recherchés. François avait un grand talent pour le violon et
il aimait en jouer. Son violon, il l'avait reçu de son père, il n'avait
que sept ans. Il a commencé à traîner l'archet sur les cordes tout en
essayant de jouer des airs mais ça ne fonctionnait pas toujours très
bien, le son était faux et sa mère disait souvent:
- François je suis bien tannée de t'entendre, va dont te pratiquer dehors,
au moins j'aurai la tête tranquille.
François s'en allait dans la grange, sur le foin et là pendant des
heures et des heures, il essayait de reproduire les reels qu'il avait entendus de son
oncle Marcel. Un bon jour, il a fini par reproduire un son pas mal
ressemblant et il l'a joué devant son père et sa mère et c'est là que
son père lui a dit:
- Si tu veux apprendre il faudrait que ton oncle Marcel te montre. Il
est bon, il joue bien, puis ça fait longtemps qu'il va dans les veillées. Va
le voir chez ma mére et demande lui de te montrer.
C'est comme cela que François a appris à jouer du violon. Avec Marcel,
ils couraient les soirées un peu partout dans la paroisse et même dans
les alentours. Ils étaient très en demande. Dans le rang sept, comme il n'y
avait pas beaucoup de divertissement, il arrivait assez souvent que des
soirées s'organisaient. La musique et la danse étaient à l'honneur. Les
jeunes se rassemblaient dans une maison et on s'amusait ferme.
Un soir François était allé chez son oncle Antoine Lebel. Lui et son
oncle Marcel ont accordé leurs violons et la danse a commencée. Pendant
les pauses, François avait l'oeil sur une belle grande jeune fille un
peu plus vieille que lui. Elle s'appelait Armande Beaulieu, la soeur de
"Ti'djos", ils étaient très souvent ensemble dans les soirées. Ça n'a pas
été long que l'amour est apparu. Armande aussi aimait François et ils
ont commencé à se fréquenter.
Un beau matin qu'Élia était allée chez sa soeur faire un tour, elle lui
apprend que lors d'une veillée chez eux, François
était-là. Délima lui raconte que François avait un oeil sur la grande
Armande Beaulieu et que cela durait depuis un petit bout de temps. Elle
lui dit:
- Je ne sais pas si tu es au courant mais ça jase pas mal dans le coin
que c'est deux là sont en amour par dessus la tête.
- La grande Armande pis mon François! Ça ne se peut pas! Elle est bien trop
vieille pour lui! Pis à part de ça c'est pas une fille pour lui, elle prend
un coup fort, puis elle n'est pas trop achalée. Je vais parler à François,
il faut que ça finisse drette là. Quand Gédéon va savoir ça, il ne sera pas trop
content.
- Je n'aurais pas dû te dire ça! François c'est mon petit fils, pis il va
savoir que c'est moé qui t'a raconté ça.
- Tu as bien fait! Il faut arrêter ça avant qu'il soit trop tard!
Élia profite de l'occasion que son fils soit sorti pour raconter
à Gédéon ce que sa mère lui a dit au sujet des fréquentations de
François et d'Armande. Gédéon est abasourdi d'apprendre cette nouvelle.
- On ne peut pas laisser faire ça! Il faut arrêter ça tout de suite!
- Comment? Je pense que François tient à Armande comme à la prunelle de
ses yeux. D'après ce que m'a dit ta mére, ça fait assez longtemps que ça
dure.
- Je vais lui parlé, moé, puis on verra bien! Il va m'arrêter ça certain.
- Ne sois pas trop dur avec lui, il peut se virer de bord contre nous autres.
Gédéon et Élia ont défendu à François de poursuivre ses fréquentations
avec Armande en disant, pour le convaincre, qu'elle était plus vieille
que lui, qu'elle prenait de la boisson comme un homme. François s'est
rebellé contre ses parents, il a continué de voir Armande à la cachette
un bout de temps. Elle, elle n'aimait pas trop être traitée comme cela
et exigeait de François de sortir ensemble pour de bon et de se marier.
Au bout d'un certain temps, la situation semblait s'être calmée. Les
parents de François étaient contents de voir que les fréquentations
avaient l'air d'avoir cessées. Un soir, leur fils part à bicyclette, son
étui à violon sur le dos, sans même dire un mot à sa mère qui le voit
partir.
Le père Thibault, dans le rang huit, faisait une veillée. Marcel, François
et une gang de jeunes décident d'y aller. Ça ne se voisinaient pas
beaucoup ensemble les jeunes des rangs sept et huit, le sept faisait partie de Saint-Épiphane tandis que le huit était de Saint-Hubert. Une certaine
rivalité existait entre les deux rangs. Le père Thibault était connu de
la famille de François car Élias était marié à sa soeur adoptive
"Céline". Arrivés là, les jeunes restent à l'avant de la maison à jaser,
un peu gênés d'entrer. Soudain Gaston Bossé arrive et leur dit:
- Qu'est ce que vous attendez pour rentrer? Il n'y a pas de musique, puis toé
François tu as ton violon! Envoyez, venez!
Sur l'invitation de Gaston, les jeunes se sont empressés de le suivre.
Tout de suite on a demandé à François de faire la musique. Il a sorti
son violon de son étui et a commencé à jouer, plusieurs jeunes ont pris
le plancher pour danser un set carré. Pendant les intermissions, il y
avait toujours un bon chanteur ou une chanteuse ou encore des raconteurs
d'histoires. Les jeunes allaient se rafraîchir dehors et en même temps
prendre un petit coup de caribou.
Pendant qu'il jouait de la musique, François avait remarqué une jeune
fille qui avait l'air tranquille, gênée et il l'a trouvait pas mal à son
goût. Il demande à Gaston:
- C'est qui la fille qui se tient dans le coin de l'escalier et qui ne danse
pas?
- C'est ma soeur. Elle t'intéresse?
- Bien je la trouve bien de mon goût, mais elle m'a l'air pas mal gênée.
- Oui elle n'est pas très parlante. Veux-tu que je lui dise qu'elle sorte?
- J'aimerais ça mais je ne sais pas trop! Comment elle s'appelle?
- C'est Adrienne.
Gaston est allé chercher sa soeur en lui disant qu'un gars aimerait lui
parler. Elle est un peu réticente. C'est la plus jeune de la famille
Bossé et elle n'est pas sortie de chez elle souvent. Elle arrive sur la
galerie et Gaston lui dit:
- Voilà le gars qui voulait te voir!
- Bonsoir Adrienne, tu danses pas souvent, aimes-tu la musique?
- Oui j'aime beaucoup la musique mais je ne sais pas danser, je ne sors
pas très souvent. Je ne t'ai jamais vu, tu demeures où?
- Je m'appelle François Dumont. Je reste dans le rang sept, puis on est venu
une gang de jeunesses veillée icitte. Je joue du violon.
- Tu joues bien. J'aime mieux écouter la musique que de danser..
- Je ne t'ai pas vu souvent dans les veillées.
- Non je ne sors pas beaucoup. Mes parents ne veulent pas trop et puis Gaston
veille trop tard.
- Aimerais-tu ça sortir avec moé de temps en temps? Penses-tu que tes
parents voudraient?
- Je ne sais pas trop. Il faudrait que je leur demande. Comme c'est là
il est assez
tard pour moé, il faut que je m'en aille.
- Ben je vais allé te reconduire, si tu veux.
- Oui, tu peux bien. Je vais avertir Gaston.
Adrienne et François partent tous les deux. Le chemin n'est pas long,
c'est seulement le deuxième voisin. François s'informe d'elle, de ce
qu'elle fait, de ses parents. Il lui demande si elle va en parler à son
père et à sa mère, car il aimerait bien venir la voir tous les bons soirs. Adrienne
se contente de répondre par oui ou par non. François ose lui prendre la
main. Elle le laisse faire jusque chez elle mais rendue devant la
maison, elle retire sa main. Avant de rentrer, elle lui dit:
- Viens samedi prochain, je vais en parler à mes parents.
- Merci bien Adrienne! Je suis content, tu peux êtes sûre que je viendrai. À
samedi!
François repart à la danse, le coeur joyeux. Il a encore un coin du
coeur accroché à Armande mais il aime ce petit bout de femme gênée qu'il
voit pour la première fois et il a déjà hâte à samedi. Il a un petit
pincement au coeur "et si ses parents ne voulaient pas d'un gars du rang
sept!" La semaine va lui paraître interminable et comment annoncer à
Armande qu'il va rompre les fréquentations? Il met ces contrariétés de
côté et va reprendre son violon pour une dernière danse.


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