Égarement 

Ne pas avoir le temps d’oublier
Ce qui trouble, ce qui fait mal
Écouter le temps en pensée
Sans savoir qu’il est passé
Tourner les pages du journal
Sans prendre le temps de lire
Ne pas être là, être ailleurs
Sans être dans le néant
Vivre dans un corps invisible
Et ne pas souffrir la douleur
Marcher en pleurant
Sans aucune larme
Insensible à la chaleur ou au froid
Avoir faim de solitude
Boire à la source qui ne coule pas
Crier si fort et ne pas être entendu
Parler sans ne dire mot
Ne pas traduire ses pensées
Tomber vers un vide qui monte
Connaître le jour, abandonner la nuit
Surprendre la grande noirceur
Avancer vers une petite vallée
Attirante par son ampleur
Désapprendre son nom, son identité
Perdre ses biens, tous ses talents
Pris dans l’inutilité et la fadeur
Ne plus respirer pour ne plus sentir
Tout ce qui s’éloigne vivement
Ne jamais revenir en arrière
Sans continuer d’avancer
Trouver un chemin sans fin
Courir sans s’arrêter, s’éloigner
De cette peur qui gagne du terrain
Se laisser suivre par elle
Sachant qu’elle ne peut plus rien
Lui faire comprendre son inutilité
Ne plus faire d’effort pour trouver
Puisqu’il n’y a rien, il n’y a que l’espoir
Guidé par l’inconnu, cet ami
Perdre son orientation, tout refaire
À contresens pour se retrouver au point de départ
Toujours là, toujours soi, toujours moi

Le 10 juillet 2004



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Violoncelle
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